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vendredi 3 juillet 2015

Ne pas confondre : « langue étrangère » et « langue seconde » !

Pourquoi, en France, apprend-on une « langue étrangère » et non pas une « deuxième langue » comme nos voisins nordiques ? Voilà qui peut intriguer.

Étrange parcours du combattant pour les Français ?




La résonance du mot « étrangère » est une pierre d’achoppement, alors même que l’apprentissage n'a pas encore débuté ! Est-ce une façon détournée de prévenir l’apprenant des difficultés de son parcours ? De l'importance des différences avec sa propre langue ? Du nombre d'obstacles qui l'épuiseront et des inévitables souffrances à venir.L'expression française insiste malheureusement sur le caractère « étranger » de la nouvelle langue enseignée, comme si on se mettait à parler de « communication étrangère » au moment d’apprendre à écrire, puisque, d'un sens, l'alphabet n'a pas été inventé en France !


 



 

 'Même une langue ne naît pas étrangère, elle le devient.'


Bien sûr, tout dépend de l'interprétation qu'on fera du mot « étrangère » et du contexte dans lequel on le situe. Si on y pense, pour ceux qui s'apprêtent à vivre dans le village planétaire que devient le monde petit à petit, le mot « étranger » a-t-il toujours du sens ? Dans les écoles londoniennes, plus de 300 langues différentes sont enseignées : par conséquent, en toute logique, c’est l’anglais qui est la langue étrangère !
Certains mots nous attirent et d’autres nous repoussent souvent d’une façon inconsciente : prenons l'exemple de 'contrôle' ou 'cadeau'. Allons un peu plus loin. Examinons l’expression suivante : l’accouchement sans douleur. Le mot clé est douleur, plutôt 'sans douleur'. Afin de saisir le sens de ces termes, le cerveau va se fixer d'abord sur le mot 'douleur', puis inclure le ‘sans’. Le fait d’être orienté ‘douleur’ va impacter déjà le corps vers la douleur, même avant de commencer à accoucher. De cette manière, on crée un ancrage qui empêche paradoxalement de se former à un accouchement effectivement sans douleur. Imaginons maintenant, au contraire, une approche titrée ‘accoucher avec douceur’ ou même ‘accoucher avec plaisir’ ! L’émotion sur laquelle vous vous focalisez revêt une grande importance sur votre façon d'être.

Une, deux, trois langues et plus si affinités !

La majorité des Danois parle une deuxième langue - l’anglais. Certains pratiquent aussi le suédois et l’allemand. Ils ne se posent pas de questions au sujet de cette autre langue. Elle leur facilite la vie, un point c'est tout. Ainsi peuvent-ils voyager et recevoir des étrangers dans de meilleures conditions. Même avec leur autre langue, ils restent totalement danois et fiers de l’être.
Utiliser une langue seconde n'enlève rien de l'identité, au contraire. Cette deuxième langue renforce l’unicité de la langue maternelle et offre la possibilité d'un véritable intérêt pour les étrangers et leurs différences !
L'apprentissage d'une deuxième langue est la suite naturelle de celui d’une première langue et n’a rien d’étranger. Dès lors, il paraît plus facile et plus engageant d'encourager la pratique d'une deuxième langue plutôt que d'une langue étrangère. C’est une question d’étape.
La première étape est d’apprendre sa première langue et puis, ensuite ou en parallèle, une deuxième. Avec une telle approche, l’élève est dans un autre état d’esprit. L’enchaînement est plus naturel, plus spontané et plus ‘facile’, comme quand on s'initie à un premier sport, puis à un deuxième, etc.

Comme on dit, ‘It’s all in the Head’…


David Miller Céline Bernard


NB - Probabilités du calcul des langues parlées :

Hormis 'langues étrangères', le français dispose de plusieurs termes pour désigner les langues parlées différentes de la langue maternelle. La 'langue seconde' est celle qui est la mieux maîtrisée et qui vient en deuxième position, tandis que la 'deuxième langue vivante' (apprise en classe, elle est raccourcie en LV2) vient en troisième position des langues pratiquées, si classement il y a.

Du coup, même sans parler de classes 'bilangues' ou 'bilingues', les confusions au sujet des langues sont monnaie courante.

mercredi 17 juin 2015

Ce que chaque langue nous apporte

Depuis mon enfance, j'éprouve un intérêt particulier pour les langues vivantes, et surtout pour leur grammaire, allez savoir pourquoi !
À vrai dire, je n'ai pas l'oreille très musicale. Je crois que j'aime voir les idées habillées de plusieurs manières.
L'expression personnelle est plus libre quand on a plusiures cordes à son arc.

Apprendre en voyage ou à l'école ?



L'école m'a permis de découvrir quelques langues :
  • L'allemand, entre structure et liberté ;
  • L'anglais, pour commencer à chanter en play back des chansons des Beatles ;
  • Le latin, pour les déclinaisons ;
  • Le grec ancien, cette langue étrange à l'alphabet différent, qui fonctionne sur le trois. Par exemple, elle a 3 genres (féminin-masculin et neure) et 3 nombres (singulier - pluriel - duel).
À chaque fois, l'initiation linguistique ouvrait de petites fenêtres philosophiques :

" Mais alors, en allemand, on ne comprend pas la phrase si l'on n'écoute pas le dernier mot ?
-- C'est vrai : le verbe est à la fin !"

"Mais alors, en anglais, tous les mots se ressemblent ?"
-- N'exagérons rien, mais il est vrai que les terminaisons sont plus simples qu'en français ; on exprime les nuances différemment sans redondance..."

"Mais alors, les latins, ils déclinaient tous les mots ?
-- Disons que les études actuelles s'attachent aux textes écrits des orateurs, philosophes, historiens, etc... Ce n'est pas le langage de la rue !"

"Mais alors, les Grecs, quand ils étaient deux, ils n'étaient pas plusieurs ?
-- Eh non, hé, hé, hé..."

Ces quelques considérations sont moins anodines que l'on ne croit. Plus tard, c'es en autodidacte que j'ai abordé le polonais, le russe et le lituanien.
J'ai rerouvé des nuances glanées dans la grammaire d'autres langues, ce qui me permettait d'avancer plus vite et de mieux comprendre les tournures étrangères.

"La forme, c'est le fonds qui remonte à la surface"


On peut creuser davantage encore l'idée. Quand Steiner préconise l'apprentissage des langues, il vise la transmission de qualités de l'âme. Chaque langue porte en elle une vitalité particulière qui enrichit l'âme qui la découvre.
Le génie des langues est d'une infinie générosité.
Pour moi, le polonais ou le russe, avec leurs "R" qui roulent, sont des langues de coeur et des émotions qui mènent à l'action. Les parler me déprend d'une certaine froideur et je les utilise toujours avec davantage de bonne volonté que de technique, me reconnectant à une dimension humaine régénérante.

La langue des signes par exemple, produit sur moi le même effet, redonnant au corps le droit de s'immiscer dans les idées : le discours traduit en LSF a vraiment les pieds sur terre !

Rudolf Steiner, visionnaire, définit assez précisément ce qu'apporte chaque langue à l'âme : le français lui semble représenter une décadence. On doit épargner les enfants et en abolir l'amer enseignement. Lisez plutôt ici une


Au pied de la lettre, impossible de ne pas réagir. Méfions-nous cependant des interprétations abusives et comme toujours, chaque médaille a son avers !

Belles découvertes linguistiques à tou(te)s,
CB, Mai 2015.






vendredi 12 juin 2015

Être libre de communiquer avec les autres - Interview vidéo de David Miller.

ND : Pourquoi ce livre ?

DM : En fait, mon intention n'était pas d'écrire un livre, mais tout simplement de composer un document interne pour des professeurs qui, comme moi, débutent dans une école Steiner-Waldorf.

Pourtant, j'avais beaucoup d'expérience en matière d'enseignement et de formation à la langue anglaise. Cela dit, très vite, je me suis rendu compte qu'en l'absence de programme détaillé, de guide, de manuel pour enseigner l'anglais, je me sentais comme une astéroïde dans l'immensité spatiale !

 C'est ainsi qu'avec un petit groupe, nous avons pensé établir un guide à usage interne.

ND : Pourquoi d'autres professeurs de langue ?

DM : Mon expérience de l'enseignement avec les grands enfants que sont les adultes demandait à s'enrichir de l'expérience des enseignants déjà expérimentés dans cete écle. L'autre idée, c'est que j'aime travailler en équipe, ce qui apporte une vraie dynamique et un soutien solide.

ND : Quels moments forts ?

DM : Nos rencontres très conviviales avec du thé anglais, des gâteaux italiens, français et allemands étaient des moments particulièrement intenses, pour travailler ensemble, pour échanger et pour évoquer de vraies questions de pédagogie.

ND : Que représente le Vademecum ?

DM : Cet ouvrage est une somme de mon expérience de l'enseignement. Avant d'entrer dans cette école, je n'avais jamais enseigné à des enfants. En prenant en compte l'approche de l'enseignement dans la pédagogie Steiner-Waldorf, qui venait compléter en quelque sorte mon expérience de l'enseignement depusi le début, de l'enfance jusqu'à l'âge adulte, je vois combien il est essentiel de respecter chaque personne et de l'aider, d'autant plus quand il est question d'une langue, a fortiori d'une langue étrangère, à accéder à un certain niveau de liberté. L'enseignement doit s'adapter à ce que chacun peut apprendre pour être capable de communiquer avec les autres.

Merci à David Miller.


Interview : Nathalie Dubois, avril 2015

Montage, image et son : Sara Spigarelli

Transcription libre : Céline Bernard.






jeudi 11 juin 2015

S'accorder - Interview vidéo de Sara Spigarelli

ND : Pourquoi vous joindre à ce projet ?

Sara : L'idée de participer à ce projet est venue principalement du désir de se rencontrer pour tranvailler avec des collègues autour d'un sujet important, à savoir l'enseignement des langues étrangères. De là est née l'idée d'une écriture collective.


ND : L'avantage de travailler à plusieurs ?

Sara : Pour moi, c'est déjà l'occasion de profiter de l'expérience des collègues et de considérer l'autre comme une ressource, de par son vécu et son savoir aussi.
Dans ces moments-là, on enrichit sa propre expérience d'enseignement, ses propres représentations de l'apprentissage, sa propre vision de la classe avec les enfants grâce à une diversité de points de vue très bénéfique.

ND : Quels moments forts ?

Sara : Ce sont les moments où, au-delà de nos différentes perceptions et après avoir discuté, étudié, exploré différents aspects de la pédagogie, nous trouvions des points de contact et d'accord. Entre nos différentes opinions, il était très satisfaisant de trouver un appui commun. C'est l'atmosphère chaleureuse conviviale et amicale de nos rencontres qui nous a permis de parvenir à cette coordination, et même à cette harmonie.

ND : Que représente le Vademecum ?

Sara : Ce projet est pour moi une première expérience d'écriture et de formalisation, dans un domaine qui me passionne : l'enseignement. C'est l'occasion concrète de faire un premier pas sur la route que j'ai choisie : la pédagogie.

Merci à Sara Spigarelli.


Interview : Nathalie Dubois, avril 2015

Montage, image et son : Sara Spigarelli

Transcription libre : Céline Bernard.

mercredi 10 juin 2015

L'amour du métier ou l'amour des élèves ? Part 3/3


“Receive children in reverence, educate them in love, and let them go forth in freedom.” Rudolf Steiner.
« Accueillez-les élèves dans le dévouement, éduquez-les dans l'amour et laissez-les aller dans la liberté » (Trad. CB)

Head, Heart and Hands, les trois inspirations/aspirations

Il n’est pas dit d’une façon explicite que Mr Chips aimait ses élèves, mais on comprend qu’il avait beaucoup d’affection pour eux et il se rappelait de chacun. Cette affection, conséquence de son expérience de l'amour (aimer et être aimé), lui a permis d’accueillir ses élèves autrement, avec une certaine sérénité et élégance, et de ne pas se sentir remis en cause chaque fois qu’un élève ne respectait pas le cadre de l’école. Ses appréhensions, ses peurs et ses colères de jeune professeur soupçonneux, se méfiant de comportements peut-être irrespectueux de ses élèves, avaient disparus.

Actuellement, de nombreux documents et brochures anglo-saxons dédiés à la pédagogie Waldorf Steiner, évoquent le triple Head, Heart and Hands (Tête, Cœur et Mains). Hélas, la traduction française : Tête, Cœur et Mains, abandonne la musicalité de la langue anglaise. Ces trois mots, dénués de leurs voyelles longues et douces et de la répétition des 3 consonnes H ouverts, perdent leur impact émotionnel.

Reste le sens : Head fait référence au mental, au travail intellectuel, Hands à toutes les activités manuelles et Heart à tout le ressenti et l’émotionnel. Pour la personne formée à la pédagogie Waldorf Steiner, cette triple perspective est bien connue, même si d’autres mots conviennent également, tels que le respect, l’accompagnement, l’épanouissement, la capacité, la liberté, etc. Rarement, on parle de l’amour.

L'amour, comme principe et comme idéal




L'expérience de l'amour qu'a (eue) chaque professeur est importante, me semble-t-il. Après l'avoir vécu, il peut savoir ce que c’est d’aimer et d’être aimé sans conditions.

Cet amour sans conditions, c'est-à-dire sans obligation en retour, est un amour suprême. Même soumis à des conditions, l'amour enseigne au professeur à aimer ses élèves dans le sens le plus pur, c'est-à-dire les aimer pour ce qu’ils sont, et non pas pour ce qu’ils devraient ou pourraient être...
Langue des signes

Ainsi se tisse une authentique relation entre élèves et professeurs. N’oublions pas que l'enseignant est le modèle de ce qu’il apporte à ses élèves : modèle de peur et sanctions ou d’amour et de solutions ? Comme Mr Chips, il a le pouvoir de le décider.

Un élève qui est aimé le ressent et se laissera influencer avec le temps. Même s’il continue à ‘faire des bêtises’, il les fera avec un autre cœur et probablement avec une autre intention. Le professeur, lui-même aimé, vivra de telles perturbations autrement, disons plus calmement.

Pour paraphraser un proverbe célèbre : « Aimez-vous les uns et les autres », je dirai :

« Aimez-vous d’abord vous-même, et ensuite, vous aimerez les autres ».

DGM - CB, mai 2015

dimanche 7 juin 2015

L'amour du métier ou l'amour des élèves ? Part 2/3




“Receive children in reverence, educate them in love, and let them go forth in freedom.” Rudolf Steiner.
« Accueillez-les élèves dans le dévouement, éduquez-les dans l'amour et laissez-les aller dans la liberté » (Trad. CB)

Langage du corps, langage du cœur et langage de l'esprit

Nous sommes loin de Mr Chips et de la brutalité des écoles d’une autre époque, mais la question de la relation entre l’élève et de son professeur reste cruciale et essentielle.

« Notre corps ne ment jamais »

Alice Miller, psychanalyste devenue psychothérapeute, est l'auteure d'un livre intitulé Notre corps ne ment jamais. Elle démontre les répercussions sur notre corps de nos émotions refoulées, et met en lumière les conséquences des actes de violence physique et mentale sur les enfants. Par des abus trop souvent associés à la morale et à la religion, on met souvent, sinon toujours, les enfants hors d’état d’aimer et de nouer des relations confiantes et sereines.

Parents et professeurs = même combat ou même amour ?

Aujourd'hui, le regard des parents sur le geste pédagogique, la discipline et les résultats ont évolué. Ni le titre, ni la parole du professeur ne sont plus « l’évangile ». Au contraire ! D'autant plus dans une école Waldorf Steiner, où chaque parent, sollicité moralement et financièrement dans le système scolaire, est partie prenante de l’éducation de son enfant.

Pour le professeur de langue, comme pour Mr Chips, la question de l'accompagnement des élèves restent toujours aussi pertinente. L’existence d’une liste de sanctions dont l’objectif est de faire peur à l’élève ne résoudra pas cette question complexe.. D'une part, l’efficacité des menaces de sanction n’est pas prouvée et d'autre part, elle semble en contradiction avec l’approche pédagogique d’une école Steiner Waldorf : dans la mesure où chaque professeur est libre de conduire sa classe, l’élève risque de connaître une discipline incohérente.

Enfin, il peut exister des écarts, jusqu'à une incompatibilité, entre les principes éducatifs existant à la maison et à l'école.

Autorité et discipline : comment trouver l'équilibre ?



Revenons à notre ami Mr Chips ! Il a découvert l’amour à plus de 40 ans plus. Peu à peu, son attitude face à ses élèves a changé. C'est ainsi qu'il s'est mis à les traiter avec humour, affection, attention. Toujours à l’écoute, avec une vraie connaissance de leur vie, chaque fois avec des anecdotes, il pose clairement ses limites. En cas de difficultés, il cherche une solution éducative plutôt que des sanctions, acceptant que les enfants soient des enfants (littéralement "les garçons", car les écoles ne sont pas mixtes !) :

‘Boys will be boys’


DM et CB, Mai 2015

À suivre : L'amour du métier ou l'amour des élèves ?

3ème partie/3 - Head, Heart and Hands, les trois inspirations/aspirations